Charles Baudelaire - La musa venale

Charles Baudelaire - La musa venale

Poesie scelte: CHARLES BAUDELAIRE, Les fleurs du mal (Paris, Levy 1857).

O musa del mio cuore, che ami i palazzi fastosi,
avrai, quando Gennaio sguinzaglierà i suoi Borei,
durante il nero tedio delle sere nevose,
qualche tizzo che scaldi i tuoi piedi violacei?

Ti rianimerai le spalle marmorizzate
ai raggi della notte filtrati dagli scuri?
Sentendo la tua borsa secca come il palato,
farai raccolta dell'oro dei soffitti azzurrini?

Devi, per guadagnarti il pane d'ogni sera,
come un chierichetto dondolar l'incensiere
e cantare Te Deum ai quali non credi,

o, saltimbanco affamato, mostrar le tue prodezze
e per far sbellicare gli zotici, il tuo riso
impregnato di lacrime che nessuno vede.

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O muse de mon cśur, amante des palais,
Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons qui percent les volets ?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l'or des voûtes azurées ?

II te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de chśur, jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

u, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voir pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.