Charles Baudelaire - A una passante

Charles Baudelaire - A una passante

Poesie scelte: CHARLES BAUDELAIRE, A una passante ( une passante), pubblicata per la prima volta nella rivista L'Artiste, 1855.

Attorno m'urlava. la strada assordante.
Alta, sottile, in lutto, nel dolor regale, una donna passò,
alzando con superba mano e agitando, la balza e
l'orlo della gonna; agile e nobile, con le gambe statuarie.

Ed io le bevevo, esaltato come un folle, nell'occhio,
cielo livido presago d'uragano,
dolcezza che incanta e piacere che dà morte.

Un lampo ... poi la notte!
Bellezza fugace, il cui sguardo m'ha ridato vita a un tratto,
nell'eternità solamente potrò rivederti?

Altrove, lontano, troppo tardi, mai forse!
Perché ignoro dove fuggi, e tu dove io vada,
o te che avrei amato, o te che lo sapevi!

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À une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son il, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!